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15.04.2011

Visite libre dans l'oeuvre de Pierre Peuchmaurd

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Le Bel Endroit, Le dé bleu, 1987

 

Quand il fait sombre

quand la mer brasse ses anges

et quand l’orage

fait rosée rose sur les framboises

quand les bêtes se découpent énormes

sur le ciel

quand le chat meugle sur ton lit

quand les petites repoussent la peur qui les protège

et vont s’aimer dans le miroir

quand il fait pire que jour autre chose que la nuit –

reste

Les trains attendent

et Dieu n’a plus vingt ans.

 

L’Horreur du miel – dessins Jean-Pierre Paraggio – Myrddin, 1996

 

Horreur du miel de l’horizon

du miel d’aurore

du sein donné à la mémoire

 

Flaques floques, Editions Haldernablou, 1992

 

L’arbre du téléphone

pousse en travers des nuits

Mille ans qu’on le regarde

il n’a jamais fleuri

 

Au musée de l’Automate

on cueillait des tomates

et de grands désirs mous

comme la pluie dans la pluie

 

Cette Poussière, Myrddin, 1990

 

A part planter des roses

et les maudire

-qu’elles soient maudites-

à part cracher des lunes

regarder l’herbe et le ciment

et le ciel vide

puisqu’il n’y a pas la mer

A part attendre encore,

qu’est-ce qu’on fait

sur ta tombe ?

 

L’Océan du lavoir et même la rouille est bleue, Myrddin, 1994

 

Je vivais au pied de la cascade

j’étais jeune et humide

tous les mille ans je changeais d’ombre

je mangeais des loirs et des papillons

Et puis rien n’est venu

 

Lisière Lumineuse des années, L’air de l’eau, 1997

 

Je t’aime

La nuit dresse ses dentelles

sur l’horizon de rien

ou d’une petite clairière,

plante ses gouffres

dans nos yeux

Il n’y a plus d’îles

où nous allons –

un long désert de langues

et la rose d’un seul cri

 

L’Ange cannibale – illustration Jean-Pierre Paraggio – Collection de l’Umbo, 1999

 

Ils saignent par la langue. Ça fait une écume rose de fleurs et de mouches.

 

La Voie Valentine – collage Pierre Rojanski – Myrddin, 2001

 

            Je vois, Valentine, les cercles pâles de vos journées

je vois ce qui les brise :

l’arc, la queue du renard, les tours d’angle

et les filles

Un volet claque dans vos cheveux

une porte s’ouvre entre vos seins

Je vois que vous ne savez pas

et j’ai des preuves de vous

je regarde Valentine vivre et ne pas savoir

 

Issa – frontispice de Robert Lagarde - La Morale Merveilleuse, 2010

 

Pluie de printemps –

une jolie fille

passe en bâillant

 

Dans ce monde

même les papillons

partent gagner leur vie le matin

 

Maurice Blanchard, Danser sur la corde – Journal 1942 – 1946 – L’Ether Vague, Patrice Thierry Editeur, 1994

 

Tous ceux qui aiment le poète Maurice Blanchard aimeront l’homme qui parle ici. Ses ennemis ne seront pas déçus non plus.

 

Maurice Blanchard,  Poètes d’’aujourd’hui, Seghers, 1988

 

Cette introduction ne se propose rien d’autre que de donner à Maurice Blanchard ce qui lui fut le plus refusé sa vie durant, sa mort suivant : la possibilité d’une écoute.

 

Le Crabe violoniste – dessins de Jorge Camacho – Pierre Bordas et fils, éditeurs, 1991

 

Je connais cet arbre.

Planté de foudre et vert d’hivers, c’est à sa douceur pourtant que je donnerai mon cou le jour où j’en aurai assez des arbres.

 

Le Loir atlantique – gravures originales de Florent Chopin – Cadex Editions, 1999

 

J’étais un linge mouillé et que la mer gonflait, et que le soir tordait. Et j’étais un linge pâle où dormaient de jeunes ciels et des visitations. Et cet homme au front bleu coupait l’herbe du vent.

 

Val noir Marie-Ange précédé de Quarante anges  - dessins de Jean-Pierre Paraggio – Collection de l’Umbo, 1996

 

La voix des roses passe sur sa langue, la voie du sang dans sa fourrure, la raie ouverte de sa route. Une rosée rose mouille ses crocs d’ange.

 

Nuits de Nacre  - photographies Patrick Fabre – Les Editions du Laquet 1996

 

Le soleil s’arrête là.

Mais l’ombre n’ira pas plus loin, ni plus vite,

que ces deux dans le soleil des nuits,

que la lumière habille et habite,

et abat.

 

Courtoisies, La Morale Merveilleuse, 1999

 

Quand la mère jouit

les enfants prient

Et l’ombre gobe

l’œil sourd de Dieu

 

Les Bannières blanches  - dessins Robert Lagarde -  Fata Morgana, 1992

 

Les fiancées là-bas

ont des os délicieux

Elles sont aigres et rieuses

on les noie comme des chats

 

Parfaits dommages – photographies Nicole Espagnol – L’Oie de Cravan, 1996

 

Méfie-toi des orages et des orangs-outans

méfie-toi des rideaux

des basses-cours sous la pluie

et des gros dindons mous porteurs de catastrophes

méfie-toi terriblement des clapiers,

des clapiers et des guéridons

 

Le Secret de ma jeunesse, Editions Haldernablou, 1993

 

Il pleut de lourds navires

et l’aile grise du couchant

siffle en rasant les toits

A chaque heure verticale

Trois grands zèbres se noient

À l’entrée du chenal

 

Pour Solde de tout rêve, Atelier de l’Agneau Editeur, 1998

 

Le feu des os

la cendre des bouches

l’éponge jetée

à la face du printemps

 

L’Oiseau nul, Poésie 84 Seghers

 

 

Toiles bleues, bâches et prophéties au soleil des carrières. Le chien noir et le vent, assis, tournent en rond.

 

Arthur ou le système de l’ours – dessins Robert Lagarde – L’Ether Vague, Patrice Thierry éditeur, 1994

 

C’était dans les âges sombres. Le jour était plus rose, l’eau plus bleue, l’herbe verte, le sang ne séchait pas si vite. Les ours riaient encore au bord des forêts jaunes.

  

14.04.2011

Le Guetteur - Un poème de Pierre Peuchmaurd

Le Guetteur

                        (publié in Plateau, n°4, juin 1993)

 

La rivière était haute

et la terre y buvait

et de grands oiseaux morts

volaient encore sur ça,

ils étaient au moins un

et le guetteur chantait

sa chanson de guetteur

qui n’attend pas l’automne

qui n’attend pas l’hiver,

qui attend le printemps

et la première tache rouge

au flanc des filles de l’air

et le guetteur guettait

sa chanson noire et blanche

et le premier cheval

sur la première étoile

et la rivière tissait

le linceul des tempêtes

qu’on entendait au loin

vieillir dans un verre d’eau

loin des yeux du guetteur

qui regardait ses mains

qui ne regardait rien

qui creusait dans le sable

des tunnels dans le ciel,

qui attendait l’automne

qui attendait l’hiver

et la jument de nuit

et que l’ennui lui parle

la chanson des guetteurs

 

Pierre PEUCHMAURD

Parce que c'était lui - Alain Joubert - La Morale Merveilleuse

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Parce que c’était lui

 

Alain Joubert

La Morale Merveilleuse

Collection D’Avril

Avril 2011

 

Avec un frontispice, Le petit iris seul de Véronique Gentil

 

Alain Joubert m’adresse ce beau livret contenant un poème à déployer. Il est ainsi dédié : A Pierre, Pour Anne-Marie. A l’intérieur, il a manuscrit ces quelques mots : Pour oublier d’oublier. Il me semble que nous n’oublions pas. Que nous ne pouvons pas. Et nous recevons ce signe poétique, ce témoignage avec reconnaissance.

 

Il s’agit d’un long poème qui date d’octobre 2009. Notre première impulsion nous porte à le reproduire in extenso. La première impulsion, c’est souvent la bonne. Il y a surtout qu’il nous semble pratiquement impossible de prélever un extrait dans ce texte sans nuire à la cohérence de sa coulée poétique. Par ailleurs, c’est toute l’évocation qui nous paraît inspirée, elle échafaude, vers après vers, prise, sertie dans un décor sublime et vivant, une vision du poète qui nous paraît tout à la fois personnelle, touchante et congruente. Cette conviction s’impose à nous : Pierre savait choisir ses amis.

 

Il était difficile de l’imaginer

         en robe de chambre

Écrire écrire encore

         lui apportait une sorte de réconfort

Faire le point à propos de l’imbécillité

Dire la beauté des escales sur coursives

Sortir dans la nuit tiède

Admirer les grands carrés d’or des fenêtres

         où dansaient des ombres

La saveur de l’air, il savait

Les yeux des femmes aussi

Avec ténacité il suggérait le silence

         au beau milieu de phrases jaillissant en étoiles

L’abondance lui permettait la rareté

Comme la pluie fait briller la pureté du jeune lierre

Un foulard rouge

         toujours absent

         lui barrait cependant le torse

Et son bouclier gisait sur le tapis

Là où se retiraient les marées nocturnes

Là où brûlait l’alarme

Le cri d’un oiseau effervescent

         venait couvrir le son d’un gong isolé

Le matin, parfois, on faisait du bois

Et la peur disparaissait emportée par le vent

Il lui arrivait de lancer un regard enthousiaste

         en dévalant l’escalier

Les coups de boutoir d’un sanglier l’attendaient alors

         les paupières dédaigneusement rétrécies

Entre les buissons, derrière lui, il entendait

         le rire des pirates

On eût dit que les fleuves, la terre et le ciel

Explosaient soudain en une formidable éruption

Là-bas, tout comptait

         le serpent imaginaire tombant brusquement d’un arbre

         l’insecte inconnu qu’on étudie de longues minutes

         les longues écharpes diaphanes s’accrochant aux branches

         le cuivre des ténèbres qui s’annoncent

         et le tumulte monotone des oiseaux de la nuit   

Adossé à un roc

Son château de bois précieux comme la fuite des pas

Dominant l’horizon bleu de l’infini

Il savait allumer des contre-feux

         pour répondre aux mensonges de sa destinée

Il pouvait demeurer des années sans bouger

         comme un guerrier emplumé d’imagination rebelle

Il rêvait de puissance princière

         pour mieux détruire la loi de la jungle

         étouffer les activités hostiles à l’amour

         retrouver le glacis des boulevards

         vous savez, ceux qui conduisent à votre perte

Les jeux de hasard sont sans concession

Quand grésillent les conversations qui n’en finissent pas

         et que l’ombre de l’homme

         ivre de gloire et d’alcool

Se prend pour un dieu du chaos énonçant des ordres rauques et coléreux

Ne vaut-il pas mieux s’abstenir de discuter

         la question du butin

         ou la cote mal taillée d’une très ancienne légende

Dès lors que la mélancolie des murailles résonne étrangement

         sous les arcades des vieilles douleurs

         celles qui longent les bibliothèques

         comme le chat retombe sur ses pattes

Pavés pas pris

L’avocat du Diable en savait trop

         pour ceux qui croyaient en savoir davantage

Ne pas porter toujours le même costume

         par exemple

Quand la poésie s’incarne à la manière d’une passante

         que l’on suivra jusqu’au bout

Quoi qu’il arrive quoi que l’on subisse

Quoi qu’il en soit

La vie a des hauts et des bas

Cela va de soie

Et si les églises vides baignent dans l’obscurité

C’est parce que Dieu y brille par son absence

Demeure l’essentiel

         le vrai ciel la vraie vie

L’heure exquise efface le bruit des cloches

La poésie ouvre toutes les portes

Ascenseur pour le dernier étage

Là où l’air et la terre

Cessent d’être perçus contradictoirement

Face au soleil de l’éternité.

 

(Alain JOUBERT, octobre 2009)

Maintenant Pierre (manifestation de la mémoire)

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Peinture, Sandro Baguet

Maintenant Pierre

 

(Sixième partie de l’ouvrage à paraître, Une Hespéride au jardin désespéré, DL Colaux, 2010)

 

à Pierre Peuchmaurd

 

1.

 

Maintenant Pierre

il reste

le carquois  les flèches

l’essaim

le recueil de couleurs

 

ces traces matérielles

et métaphysiques

d’une rencontre

avec les yeux de l’image

avec les lunettes de la pensée

avec la paupière du désir

 

 

2.

 

Maintenant Pierre

il reste

ce verrou par lequel

la métaphore rend

le monde

visible  mobile

et toujours changé

dans ses éclosions

 

cette fourrure nerveuse des fleurs

le pistil fauve des renardes des loutres

au ciel roues et rails   longs attirails d’eau

orange dans les fougères

les serres des grands arbres et des rapaces

 

 

3.

 

Maintenant Pierre

il reste le désir

sa flamme paisible et rouge

son grenier toujours jeune

où passent entre les malles

l’ombre inquiète des voyages

 

il reste le désir

avec sa jupe d’algues

sa forêt de jambes lisses

en haut de laquelle juchent des étoiles

et le pommeau renversé des rosées

 

il reste

la fleur levée en haut de son vertige

la fleur lovée dans le chemin de son tuyau

la fleur lavée dans son socle de terre

 

le poème mesuré à la vie

 

 

4.

 

Maintenant Pierre

les bêtes

avec leurs phylactères sur le dos

courent dans la couleur

sur les papilles

les papyrus de la langue

 

 

5.

 

Maintenant Pierre

 

un fruit

vit partout

autour de l’épave

de son épluchure

 

13.04.2011

Peuchmaurd aux Editions des Vanneaux

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Présence de Pierre Peuchmaurd

 Laurent aujourd’hui présente

Pierre Peuchmaurd

(Editions des Vanneaux, Collection Présence de la Poésie) 18 €

(http://les.vanneaux.free.fr)

 

Connaissez-vous Pierre Peuchmaurd ? Non ? Vous ne connaissez dès lors pas l’une des voix poétiques majeures d’aujourd’hui. Un contemporain immense. Espèce en voie d’extinction. (...) La poésie de Peuchmaurd, soutenue par un imagier à la fois magnifique et sans cesse régénéré, allie à la veine originelle surréaliste une souplesse, une aisance élégante et une sorte de dextérité décontractée. (Pierre Zebre)

 

Né à Paris en 1948, PierrePeuchmaurd est mort le dimanche 12 avril 2009. Nous sommes nombreux à penser qu’il incarne une des grandes voix poétiques françaises contemporaines. Son ami, le poète  Laurent Albarracin, né en 1970 à Angers et aujourd’hui établi en Corrèze, présente et opère le choix de textes pour le très bel ouvrage que les Editions des Vanneaux  consacrent à Peuchmaurd. Ce palpitant ouvrage, affectueusement conçu par les proches et les fidèles (Jean-Pierre Paraggio et Anne-Marie Beeckman ont conçu le cahier photos qui orne le livre) nous paraît l’écrin tout indiqué pour présenter au lecteur d’aujourd’hui l’œuvre de Peuchmaurd.  Remarquablement conçu, intelligemment présenté, ce passionnant florilège, dans la perspective de la découverte et de la perpétuation de l’œuvre, s’impose comme un livre indispensable. Il est merveilleusement habité par le génie du poète et s’impose comme l’ouvrage de référence, la boussole idéale pour qui souhaite s’initier à la poésie de Peuchmaurd.

 

La présentation d’Albarracin (Pierre Peuchmaurd, témoin élégant) est particulièrement inspirée. Il faut savoir gré au préfacier (sans doute parce que, remarquable lecteur, il est aussi un poète) de cette introduction subtile, alerte, nuancée qui finit par dégager, vraisemblable et nette, une très belle silhouette poétique. Des choses essentielles sont écrites sur le poème peuchmaurdien. J’en prélève quelques-unes, consacrées au poème Trente-six strophes de l’année, publié chez Wigwan en 1995.

 

Les mots, écrit Albarracin, sont entourés d’un halo particulier, d’une humeur indéfinissable et précise, comme s’ils étaient véritablement environnés de la saison qu’ils nomment et du climat propre à chacun d’eux, comme s’ils étaient teintés de la couleur des jours vécus, lestés du poids de l’impondérable du temps qui passe. On est apparemment en pleine écriture automatique (Peuchmaurd parle d’un « automatisme dirigé »), les mots évoluent en association libre, ou plutôt en  union libre, et pourtant (ou pour cette raison-là ?) ils semblent comme jamais revêtir ce qu’ils désignent, avec une justesse rare, un tombé de tissu impeccable.

 

C’est une hérésie presque de piocher dans cette présentation sensible, lucide, cohérente et qui me semble conçue pour rendre la saveur, les particularités, les élans, l’imagier et la morale de la poésie de Peuchmaurd. L’approche d’Albarracin se déploie en éventail et le prélèvement d’extraits gomme hélas un peu l’intérêt de cette perspective. Une tige ne rend ni la beauté, ni l’efficace, ni l’agrément de l’accessoire. Mais ces extraits attestent néanmoins la formidable pertinence de la lecture d’Albarracin. Et je veux croire qu’ils auront aux yeux du lecteur un caractère décisif. On ne perdra pas de vue, - l’excellent présentateur d’œuvre qu’est Albarracin nous le remet violemment en mémoire -, l’importance qu’avaient aux yeux de Lautréamont les jugements sur la poésie : « ils sont la philosophie de la poésie ». Par sa qualité, la présentation confirme cette autre assertion de Lautréamont selon laquelle « la poésie doit être faite pas tous. Non par un. » Et quand il cherche, non pas à circonscrire, mais à évoquer la poésie de Peuchmaurd, c’est en poète conscient de ces données que Laurent Albarracin opère. Ecoutons le parler de la poésie de Peuchmaurd.

 

La poésie de Peuchmaurd appelle à considérer le monde, à le sentir profondément, à le regarder d’abord, ensuite et enfin. A le prendre tel qu’il est ou plutôt tel qu’il nous étonne (car le prendre tel qu’il est serait le déterminer ontologiquement et le saisir sur le mode de la fatalité qui est aussi une supervision). Le considérer tel que jamais nous ne pourrons le prendre autrement que surpris, dépassé, voire effaré. Il s’agit de le saisir par le saisissement qu’il provoque en nous.

 

Le choix d’Albarracin se porte exclusivement sur les poèmes, « à l’exclusion des textes critiques et des aphorismes ».  On y trouve néanmoins (et j’en suis personnellement ravi, car je tiens pour remarquable ce texte délicatement teinté de cynisme et de cette si particulière autodérision propre à Peuchmaurd) un récit en prose qui constitue « un autoportrait unique en son genre chez Pierre Peuchmaurd ». Il s’intitule L’Année dernière à Cazillac et a été successivement publié chez Myrddin en 2004 et à L’Oie de Cravan en 2010.

 

De profil, la tête levée, il regarde le carré de lumière formé par le vasistas : on le lui a demandé, pour la photo. Il serait fichu de le faire en l’absence de tout photographe.

 

Le choix de textes nous remet en présence de ces simples joyaux, de ces joyaux d’évidence poétique dont Peuchmaurd était coutumier.

 

Le soir je vais aux eaux

Aux eaux il y a des bêtes,

des ragondins, des poules de zoo

et des brochets

J’essaye

De ne pas mouiller mes chaussures,

je protège moins mon cœur

Je vais aux bêtes, à la légende,

Aux morceaux de génisses emportés par les eaux

 

La lecture du choix de textes, (et j’en ai lu déjà un grand nombre), me replace devant une sensation étrange et stimulante. Toute relecture d’un poème de Peuchmaurd me surprend, sa limpidité ne se laisse pas épuiser, elle est pleine de ressources et d’élans. Le saisissement fait retour chez le lecteur qui croyait avoir saisi le poème. Hier soir, en lisant très lentement l’ouvrage, il me venait à l’esprit qu’un homme surprenant vit dans la structure du poème, une femme insaisissable respire dans la robe du poème, un animal palpite dans la fourrure du poème, une lumière pulse dans le sang du poème. Il y a quelque chose de central,  une source centrale, une tige qui oscille. Réabordé, le poème est dans un nouvel état d’inclinaison ou de pente. Et le poème va, comme une électricité, une eau, une liqueur parfois, dans le conduit du réel.

 

Si vivre était la raison de vivre

nous saurions parfumer

la grande odeur mouillée

et dorer la peau blanche

Mais vivre

n’est la raison de rien

ou seulement de ton rire

devant ce bol de sang

 

Comptons, il y a :

les grands iris derrière les grilles

les roses atroces

l’heure de la bête,

sa fourrure ou son crin

Il y a l’oiseau marqué qui

file plein sang vers la fenêtre

et qui explose, il y a le soleil

 

Hier soir, je voyais soudain le poème totalement dégagé de l’instant de sa transcription, dégagé de son contact avec le papier, la rature ou l’encre, j’étais dans un grand émerveillement en lisant Pierre Peuchmaurd et ceci tintait en moi avec la clarté d’un cristal heurté de l’ongle : « La poésie – ou plutôt le poème – ne doit rien au rêve. A la rêverie, peut-être et alors à la divagation, si vous voulez. En vérité, je ne crois pas qu’elle se fasse ailleurs que sur les lèvres, dans la voix, au hasard de sa venue qui, chez moi, se produit presque toujours en marchant et à l’aperçu, à l’entrevu de quelque chose. De quelque chose de réel. La nature qui se dit alors est évidemment le territoire réel – souvent le plus familier, quelquefois celui du voyage – tel qu’il se révèle à lui-même et à vous dans cette entrevision. Il y a un autre monde, vous savez : il est ici et ne demande qu’à apparaître. » (Pierre Peuchmaurd).

 

Il y a, très curieusement, de façon oxymorique, dans la limpidité du poème peuchmaurdien une sorte de condensation, de densification et ce qui paraît d’abord élégamment délié, fluide, révèle un compact réseau de racines et de liens intérieurs.

Et peut-être cet automatisme dirigé prend-il en charge cette pesée, cette évaluation, cette perception de l’évidence, ainsi que les étoilements, les rapprochements, les analogies qu’elle suggère au poète.

 

Fleurs du pourpier

mâchoire de l’âne   

le diable en culotte d’ange

frappe trois coups dans l’été

trois sur le carton d’être

 

Il faut, c’est le vœu d’un grand nombre d’entre nous, s’avancer vers l’œuvre de ce témoin élégant. Il n’y a qu’une façon de lui rendre justice : la lire. Présence de la poésie, Pierre Peucmaurd, par Laurent Albarracin aux Editions des Vanneaux. Un livre indispensable. L’envie de rendre grâce succède à la lecture. (DL Colaux)

22.12.2010

Laurence Burvenich : portraits de femmes

 

Laurence BURVENICH

peintre, paysagiste, portraitiste, fresquiste belge contemporaine (Dinant, province de Namur)

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sites de contact :

http://laurenceburvenich.skynetblogs.be/ - http://burvenich-colaux.skynetblogs.be/

http://dlcolaux-photos.skynetblogs.be/laurence-burvenich/

01.10.2009

Présentation de l'auteur

    

Denys-Louis Colaux (1959, Weillen, province de Namur) est un auteur belge. Il a publié plus d'une vingtaine d'ouvrages. Père de famille (Justin, Nora, Mathilde, Nelly), éducateur de profession, il a collaboré à un grand nombre de revues en Belgique (25 Mensuel, Le Mensuel littéraire et poétique, L'Arbre à paroles, Le Fram, Plateau,Carte blanche, Marginales, Revue et corrigée, etc.) et en France (Sud, Encres Vives, Camouflage, Travers, Le Cerceau, La Dame ovale, Décharge, Le Dépli amoureux, Le Grand Nord, Les Cahiers de poésie-rencontres, Hermaphrodite, etc.).

Poète (Tropiques de l'unicorne, L'Arbre à paroles, 1995, Le Galop de l'Hippocampe, Les Eperonniers, 1998, Un tailleur d'allumettes, L'Arbre à paroles, 2009), romancier (Le Fils du soir, Les Eperonniers, 1998, Prix Sorel, Les Eperonniers, 2000, L'Arbre d'Apollon, Maelström avec Otto Ganz), nouvelliste (Schlass, Les Eperonniers, 1999, A quatre épingles, Imprimerie provinciale du Hainaut, 2000, Anonymes, Editions du Cygne, 2008), auteur de récits et d'aphorismes (Billets d'amour, barbaries et autres énormités, Le Talus d'approche, 2000, Je hais les poètes vivants suivi de Circus, Maleström, 2003), biographe de la cinéaste et romancière Nelly Kaplan (Nelly Kaplan, Portrait d'une Flibustière, Dreamland, 2002), autobiographe de fantaisie (Grandes machines et spéculations introspectives, Labor, 2003), il a reçu deux Prix de l'Académie royale de Littérature et de Langue françaises de Belgique (1994, Prix Emile Polak, 1998, Prix Franz de Wever) et quelques autres récompenses parmi lesquelles le Grand Prix de la Communauté française de la nouvelle en 1999 et le Prix de la Province de Luxembourg, en 2008, dans le cadre du Concours Pyramides.

Grand amateur de Georges Brassens, il collabore régulièrement à la revue française Les Amis de Georges.

     

     

Profondément antifascite, opposé à toutes les formes de racisme, sceptique convaincu, Denys-Louis Colaux, sujet à la fièvre et aux humeurs, oscille entre la gravité, la geste artiste et la bouffonnerie, l'ironie, la compassion et un humanisme compliqué d'abois cyniques. Ses prédispositions artificielles à la logorrhée et au lyrisme carnavalesque suscitent parfois auprès de la critique une honnête irritation.

    

    

Vient de paraître - Vient de paraître - Vient de paraître

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Format : 135X200 - Nombre de pages : 72 - Prix de vente : 9,90 € -  Frais de port et d'emballage : 2,50 € - Parution : 20 octobre - Orage Lagune Express, 13 rue du Rogna 39360 VIRY  France

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