15.04.2011
Visite libre dans l'oeuvre de Pierre Peuchmaurd






Le Bel Endroit, Le dé bleu, 1987
Quand il fait sombre
quand la mer brasse ses anges
et quand l’orage
fait rosée rose sur les framboises
quand les bêtes se découpent énormes
sur le ciel
quand le chat meugle sur ton lit
quand les petites repoussent la peur qui les protège
et vont s’aimer dans le miroir
quand il fait pire que jour autre chose que la nuit –
reste
Les trains attendent
et Dieu n’a plus vingt ans.
L’Horreur du miel – dessins Jean-Pierre Paraggio – Myrddin, 1996
Horreur du miel de l’horizon
du miel d’aurore
du sein donné à la mémoire
Flaques floques, Editions Haldernablou, 1992
L’arbre du téléphone
pousse en travers des nuits
Mille ans qu’on le regarde
il n’a jamais fleuri
Au musée de l’Automate
on cueillait des tomates
et de grands désirs mous
comme la pluie dans la pluie
Cette Poussière, Myrddin, 1990
A part planter des roses
et les maudire
-qu’elles soient maudites-
à part cracher des lunes
regarder l’herbe et le ciment
et le ciel vide
puisqu’il n’y a pas la mer
A part attendre encore,
qu’est-ce qu’on fait
sur ta tombe ?
L’Océan du lavoir et même la rouille est bleue, Myrddin, 1994
Je vivais au pied de la cascade
j’étais jeune et humide
tous les mille ans je changeais d’ombre
je mangeais des loirs et des papillons
Et puis rien n’est venu
Lisière Lumineuse des années, L’air de l’eau, 1997
Je t’aime
La nuit dresse ses dentelles
sur l’horizon de rien
ou d’une petite clairière,
plante ses gouffres
dans nos yeux
Il n’y a plus d’îles
où nous allons –
un long désert de langues
et la rose d’un seul cri
L’Ange cannibale – illustration Jean-Pierre Paraggio – Collection de l’Umbo, 1999
Ils saignent par la langue. Ça fait une écume rose de fleurs et de mouches.
La Voie Valentine – collage Pierre Rojanski – Myrddin, 2001
Je vois, Valentine, les cercles pâles de vos journées
je vois ce qui les brise :
l’arc, la queue du renard, les tours d’angle
et les filles
Un volet claque dans vos cheveux
une porte s’ouvre entre vos seins
Je vois que vous ne savez pas
et j’ai des preuves de vous
je regarde Valentine vivre et ne pas savoir
Issa – frontispice de Robert Lagarde - La Morale Merveilleuse, 2010
Pluie de printemps –
une jolie fille
passe en bâillant
Dans ce monde
même les papillons
partent gagner leur vie le matin
Maurice Blanchard, Danser sur la corde – Journal 1942 – 1946 – L’Ether Vague, Patrice Thierry Editeur, 1994
Tous ceux qui aiment le poète Maurice Blanchard aimeront l’homme qui parle ici. Ses ennemis ne seront pas déçus non plus.
Maurice Blanchard, Poètes d’’aujourd’hui, Seghers, 1988
Cette introduction ne se propose rien d’autre que de donner à Maurice Blanchard ce qui lui fut le plus refusé sa vie durant, sa mort suivant : la possibilité d’une écoute.
Le Crabe violoniste – dessins de Jorge Camacho – Pierre Bordas et fils, éditeurs, 1991
Je connais cet arbre.
Planté de foudre et vert d’hivers, c’est à sa douceur pourtant que je donnerai mon cou le jour où j’en aurai assez des arbres.
Le Loir atlantique – gravures originales de Florent Chopin – Cadex Editions, 1999
J’étais un linge mouillé et que la mer gonflait, et que le soir tordait. Et j’étais un linge pâle où dormaient de jeunes ciels et des visitations. Et cet homme au front bleu coupait l’herbe du vent.
Val noir Marie-Ange précédé de Quarante anges - dessins de Jean-Pierre Paraggio – Collection de l’Umbo, 1996
La voix des roses passe sur sa langue, la voie du sang dans sa fourrure, la raie ouverte de sa route. Une rosée rose mouille ses crocs d’ange.
Nuits de Nacre - photographies Patrick Fabre – Les Editions du Laquet 1996
Le soleil s’arrête là.
Mais l’ombre n’ira pas plus loin, ni plus vite,
que ces deux dans le soleil des nuits,
que la lumière habille et habite,
et abat.
Courtoisies, La Morale Merveilleuse, 1999
Quand la mère jouit
les enfants prient
Et l’ombre gobe
l’œil sourd de Dieu
Les Bannières blanches - dessins Robert Lagarde - Fata Morgana, 1992
Les fiancées là-bas
ont des os délicieux
Elles sont aigres et rieuses
on les noie comme des chats
Parfaits dommages – photographies Nicole Espagnol – L’Oie de Cravan, 1996
Méfie-toi des orages et des orangs-outans
méfie-toi des rideaux
des basses-cours sous la pluie
et des gros dindons mous porteurs de catastrophes
méfie-toi terriblement des clapiers,
des clapiers et des guéridons
Le Secret de ma jeunesse, Editions Haldernablou, 1993
Il pleut de lourds navires
et l’aile grise du couchant
siffle en rasant les toits
A chaque heure verticale
Trois grands zèbres se noient
À l’entrée du chenal
Pour Solde de tout rêve, Atelier de l’Agneau Editeur, 1998
Le feu des os
la cendre des bouches
l’éponge jetée
à la face du printemps
L’Oiseau nul, Poésie 84 Seghers
Toiles bleues, bâches et prophéties au soleil des carrières. Le chien noir et le vent, assis, tournent en rond.
Arthur ou le système de l’ours – dessins Robert Lagarde – L’Ether Vague, Patrice Thierry éditeur, 1994
C’était dans les âges sombres. Le jour était plus rose, l’eau plus bleue, l’herbe verte, le sang ne séchait pas si vite. Les ours riaient encore au bord des forêts jaunes.
14:04
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14.04.2011
Le Guetteur - Un poème de Pierre Peuchmaurd
Le Guetteur
(publié in Plateau, n°4, juin 1993)
La rivière était haute
et la terre y buvait
et de grands oiseaux morts
volaient encore sur ça,
ils étaient au moins un
et le guetteur chantait
sa chanson de guetteur
qui n’attend pas l’automne
qui n’attend pas l’hiver,
qui attend le printemps
et la première tache rouge
au flanc des filles de l’air
et le guetteur guettait
sa chanson noire et blanche
et le premier cheval
sur la première étoile
et la rivière tissait
le linceul des tempêtes
qu’on entendait au loin
vieillir dans un verre d’eau
loin des yeux du guetteur
qui regardait ses mains
qui ne regardait rien
qui creusait dans le sable
des tunnels dans le ciel,
qui attendait l’automne
qui attendait l’hiver
et la jument de nuit
et que l’ennui lui parle
la chanson des guetteurs
Pierre PEUCHMAURD
20:30
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Parce que c'était lui - Alain Joubert - La Morale Merveilleuse

Parce que c’était lui
Alain Joubert
La Morale Merveilleuse
Collection D’Avril
Avril 2011
Avec un frontispice, Le petit iris seul de Véronique Gentil
Alain Joubert m’adresse ce beau livret contenant un poème à déployer. Il est ainsi dédié : A Pierre, Pour Anne-Marie. A l’intérieur, il a manuscrit ces quelques mots : Pour oublier d’oublier. Il me semble que nous n’oublions pas. Que nous ne pouvons pas. Et nous recevons ce signe poétique, ce témoignage avec reconnaissance.
Il s’agit d’un long poème qui date d’octobre 2009. Notre première impulsion nous porte à le reproduire in extenso. La première impulsion, c’est souvent la bonne. Il y a surtout qu’il nous semble pratiquement impossible de prélever un extrait dans ce texte sans nuire à la cohérence de sa coulée poétique. Par ailleurs, c’est toute l’évocation qui nous paraît inspirée, elle échafaude, vers après vers, prise, sertie dans un décor sublime et vivant, une vision du poète qui nous paraît tout à la fois personnelle, touchante et congruente. Cette conviction s’impose à nous : Pierre savait choisir ses amis.
Il était difficile de l’imaginer
en robe de chambre
Écrire écrire encore
lui apportait une sorte de réconfort
Faire le point à propos de l’imbécillité
Dire la beauté des escales sur coursives
Sortir dans la nuit tiède
Admirer les grands carrés d’or des fenêtres
où dansaient des ombres
La saveur de l’air, il savait
Les yeux des femmes aussi
Avec ténacité il suggérait le silence
au beau milieu de phrases jaillissant en étoiles
L’abondance lui permettait la rareté
Comme la pluie fait briller la pureté du jeune lierre
Un foulard rouge
toujours absent
lui barrait cependant le torse
Et son bouclier gisait sur le tapis
Là où se retiraient les marées nocturnes
Là où brûlait l’alarme
Le cri d’un oiseau effervescent
venait couvrir le son d’un gong isolé
Le matin, parfois, on faisait du bois
Et la peur disparaissait emportée par le vent
Il lui arrivait de lancer un regard enthousiaste
en dévalant l’escalier
Les coups de boutoir d’un sanglier l’attendaient alors
les paupières dédaigneusement rétrécies
Entre les buissons, derrière lui, il entendait
le rire des pirates
On eût dit que les fleuves, la terre et le ciel
Explosaient soudain en une formidable éruption
Là-bas, tout comptait
le serpent imaginaire tombant brusquement d’un arbre
l’insecte inconnu qu’on étudie de longues minutes
les longues écharpes diaphanes s’accrochant aux branches
le cuivre des ténèbres qui s’annoncent
et le tumulte monotone des oiseaux de la nuit
Adossé à un roc
Son château de bois précieux comme la fuite des pas
Dominant l’horizon bleu de l’infini
Il savait allumer des contre-feux
pour répondre aux mensonges de sa destinée
Il pouvait demeurer des années sans bouger
comme un guerrier emplumé d’imagination rebelle
Il rêvait de puissance princière
pour mieux détruire la loi de la jungle
étouffer les activités hostiles à l’amour
retrouver le glacis des boulevards
vous savez, ceux qui conduisent à votre perte
Les jeux de hasard sont sans concession
Quand grésillent les conversations qui n’en finissent pas
et que l’ombre de l’homme
ivre de gloire et d’alcool
Se prend pour un dieu du chaos énonçant des ordres rauques et coléreux
Ne vaut-il pas mieux s’abstenir de discuter
la question du butin
ou la cote mal taillée d’une très ancienne légende
Dès lors que la mélancolie des murailles résonne étrangement
sous les arcades des vieilles douleurs
celles qui longent les bibliothèques
comme le chat retombe sur ses pattes
Pavés pas pris
L’avocat du Diable en savait trop
pour ceux qui croyaient en savoir davantage
Ne pas porter toujours le même costume
par exemple
Quand la poésie s’incarne à la manière d’une passante
que l’on suivra jusqu’au bout
Quoi qu’il arrive quoi que l’on subisse
Quoi qu’il en soit
La vie a des hauts et des bas
Cela va de soie
Et si les églises vides baignent dans l’obscurité
C’est parce que Dieu y brille par son absence
Demeure l’essentiel
le vrai ciel la vraie vie
L’heure exquise efface le bruit des cloches
La poésie ouvre toutes les portes
Ascenseur pour le dernier étage
Là où l’air et la terre
Cessent d’être perçus contradictoirement
Face au soleil de l’éternité.
(Alain JOUBERT, octobre 2009)
19:53
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Maintenant Pierre (manifestation de la mémoire)

Peinture, Sandro Baguet
Maintenant Pierre
(Sixième partie de l’ouvrage à paraître, Une Hespéride au jardin désespéré, DL Colaux, 2010)
à Pierre Peuchmaurd
1.
Maintenant Pierre
il reste
le carquois les flèches
l’essaim
le recueil de couleurs
ces traces matérielles
et métaphysiques
d’une rencontre
avec les yeux de l’image
avec les lunettes de la pensée
avec la paupière du désir
2.
Maintenant Pierre
il reste
ce verrou par lequel
la métaphore rend
le monde
visible mobile
et toujours changé
dans ses éclosions
cette fourrure nerveuse des fleurs
le pistil fauve des renardes des loutres
au ciel roues et rails longs attirails d’eau
orange dans les fougères
les serres des grands arbres et des rapaces
3.
Maintenant Pierre
il reste le désir
sa flamme paisible et rouge
son grenier toujours jeune
où passent entre les malles
l’ombre inquiète des voyages
il reste le désir
avec sa jupe d’algues
sa forêt de jambes lisses
en haut de laquelle juchent des étoiles
et le pommeau renversé des rosées
il reste
la fleur levée en haut de son vertige
la fleur lovée dans le chemin de son tuyau
la fleur lavée dans son socle de terre
le poème mesuré à la vie
4.
Maintenant Pierre
les bêtes
avec leurs phylactères sur le dos
courent dans la couleur
sur les papilles
les papyrus de la langue
5.
Maintenant Pierre
un fruit
vit partout
autour de l’épave
de son épluchure
17:47
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13.04.2011
Peuchmaurd aux Editions des Vanneaux

Présence de Pierre Peuchmaurd
Laurent aujourd’hui présente
Pierre Peuchmaurd
(Editions des Vanneaux, Collection Présence de la Poésie) 18 €
Connaissez-vous Pierre Peuchmaurd ? Non ? Vous ne connaissez dès lors pas l’une des voix poétiques majeures d’aujourd’hui. Un contemporain immense. Espèce en voie d’extinction. (...) La poésie de Peuchmaurd, soutenue par un imagier à la fois magnifique et sans cesse régénéré, allie à la veine originelle surréaliste une souplesse, une aisance élégante et une sorte de dextérité décontractée. (Pierre Zebre)
Né à Paris en 1948, PierrePeuchmaurd est mort le dimanche 12 avril 2009. Nous sommes nombreux à penser qu’il incarne une des grandes voix poétiques françaises contemporaines. Son ami, le poète Laurent Albarracin, né en 1970 à Angers et aujourd’hui établi en Corrèze, présente et opère le choix de textes pour le très bel ouvrage que les Editions des Vanneaux consacrent à Peuchmaurd. Ce palpitant ouvrage, affectueusement conçu par les proches et les fidèles (Jean-Pierre Paraggio et Anne-Marie Beeckman ont conçu le cahier photos qui orne le livre) nous paraît l’écrin tout indiqué pour présenter au lecteur d’aujourd’hui l’œuvre de Peuchmaurd. Remarquablement conçu, intelligemment présenté, ce passionnant florilège, dans la perspective de la découverte et de la perpétuation de l’œuvre, s’impose comme un livre indispensable. Il est merveilleusement habité par le génie du poète et s’impose comme l’ouvrage de référence, la boussole idéale pour qui souhaite s’initier à la poésie de Peuchmaurd.
La présentation d’Albarracin (Pierre Peuchmaurd, témoin élégant) est particulièrement inspirée. Il faut savoir gré au préfacier (sans doute parce que, remarquable lecteur, il est aussi un poète) de cette introduction subtile, alerte, nuancée qui finit par dégager, vraisemblable et nette, une très belle silhouette poétique. Des choses essentielles sont écrites sur le poème peuchmaurdien. J’en prélève quelques-unes, consacrées au poème Trente-six strophes de l’année, publié chez Wigwan en 1995.
Les mots, écrit Albarracin, sont entourés d’un halo particulier, d’une humeur indéfinissable et précise, comme s’ils étaient véritablement environnés de la saison qu’ils nomment et du climat propre à chacun d’eux, comme s’ils étaient teintés de la couleur des jours vécus, lestés du poids de l’impondérable du temps qui passe. On est apparemment en pleine écriture automatique (Peuchmaurd parle d’un « automatisme dirigé »), les mots évoluent en association libre, ou plutôt en union libre, et pourtant (ou pour cette raison-là ?) ils semblent comme jamais revêtir ce qu’ils désignent, avec une justesse rare, un tombé de tissu impeccable.
C’est une hérésie presque de piocher dans cette présentation sensible, lucide, cohérente et qui me semble conçue pour rendre la saveur, les particularités, les élans, l’imagier et la morale de la poésie de Peuchmaurd. L’approche d’Albarracin se déploie en éventail et le prélèvement d’extraits gomme hélas un peu l’intérêt de cette perspective. Une tige ne rend ni la beauté, ni l’efficace, ni l’agrément de l’accessoire. Mais ces extraits attestent néanmoins la formidable pertinence de la lecture d’Albarracin. Et je veux croire qu’ils auront aux yeux du lecteur un caractère décisif. On ne perdra pas de vue, - l’excellent présentateur d’œuvre qu’est Albarracin nous le remet violemment en mémoire -, l’importance qu’avaient aux yeux de Lautréamont les jugements sur la poésie : « ils sont la philosophie de la poésie ». Par sa qualité, la présentation confirme cette autre assertion de Lautréamont selon laquelle « la poésie doit être faite pas tous. Non par un. » Et quand il cherche, non pas à circonscrire, mais à évoquer la poésie de Peuchmaurd, c’est en poète conscient de ces données que Laurent Albarracin opère. Ecoutons le parler de la poésie de Peuchmaurd.
La poésie de Peuchmaurd appelle à considérer le monde, à le sentir profondément, à le regarder d’abord, ensuite et enfin. A le prendre tel qu’il est ou plutôt tel qu’il nous étonne (car le prendre tel qu’il est serait le déterminer ontologiquement et le saisir sur le mode de la fatalité qui est aussi une supervision). Le considérer tel que jamais nous ne pourrons le prendre autrement que surpris, dépassé, voire effaré. Il s’agit de le saisir par le saisissement qu’il provoque en nous.
Le choix d’Albarracin se porte exclusivement sur les poèmes, « à l’exclusion des textes critiques et des aphorismes ». On y trouve néanmoins (et j’en suis personnellement ravi, car je tiens pour remarquable ce texte délicatement teinté de cynisme et de cette si particulière autodérision propre à Peuchmaurd) un récit en prose qui constitue « un autoportrait unique en son genre chez Pierre Peuchmaurd ». Il s’intitule L’Année dernière à Cazillac et a été successivement publié chez Myrddin en 2004 et à L’Oie de Cravan en 2010.
De profil, la tête levée, il regarde le carré de lumière formé par le vasistas : on le lui a demandé, pour la photo. Il serait fichu de le faire en l’absence de tout photographe.
Le choix de textes nous remet en présence de ces simples joyaux, de ces joyaux d’évidence poétique dont Peuchmaurd était coutumier.
Le soir je vais aux eaux
Aux eaux il y a des bêtes,
des ragondins, des poules de zoo
et des brochets
J’essaye
De ne pas mouiller mes chaussures,
je protège moins mon cœur
Je vais aux bêtes, à la légende,
Aux morceaux de génisses emportés par les eaux
La lecture du choix de textes, (et j’en ai lu déjà un grand nombre), me replace devant une sensation étrange et stimulante. Toute relecture d’un poème de Peuchmaurd me surprend, sa limpidité ne se laisse pas épuiser, elle est pleine de ressources et d’élans. Le saisissement fait retour chez le lecteur qui croyait avoir saisi le poème. Hier soir, en lisant très lentement l’ouvrage, il me venait à l’esprit qu’un homme surprenant vit dans la structure du poème, une femme insaisissable respire dans la robe du poème, un animal palpite dans la fourrure du poème, une lumière pulse dans le sang du poème. Il y a quelque chose de central, une source centrale, une tige qui oscille. Réabordé, le poème est dans un nouvel état d’inclinaison ou de pente. Et le poème va, comme une électricité, une eau, une liqueur parfois, dans le conduit du réel.
Si vivre était la raison de vivre
nous saurions parfumer
la grande odeur mouillée
et dorer la peau blanche
Mais vivre
n’est la raison de rien
ou seulement de ton rire
devant ce bol de sang
Comptons, il y a :
les grands iris derrière les grilles
les roses atroces
l’heure de la bête,
sa fourrure ou son crin
Il y a l’oiseau marqué qui
file plein sang vers la fenêtre
et qui explose, il y a le soleil
Hier soir, je voyais soudain le poème totalement dégagé de l’instant de sa transcription, dégagé de son contact avec le papier, la rature ou l’encre, j’étais dans un grand émerveillement en lisant Pierre Peuchmaurd et ceci tintait en moi avec la clarté d’un cristal heurté de l’ongle : « La poésie – ou plutôt le poème – ne doit rien au rêve. A la rêverie, peut-être et alors à la divagation, si vous voulez. En vérité, je ne crois pas qu’elle se fasse ailleurs que sur les lèvres, dans la voix, au hasard de sa venue qui, chez moi, se produit presque toujours en marchant et à l’aperçu, à l’entrevu de quelque chose. De quelque chose de réel. La nature qui se dit alors est évidemment le territoire réel – souvent le plus familier, quelquefois celui du voyage – tel qu’il se révèle à lui-même et à vous dans cette entrevision. Il y a un autre monde, vous savez : il est ici et ne demande qu’à apparaître. » (Pierre Peuchmaurd).
Il y a, très curieusement, de façon oxymorique, dans la limpidité du poème peuchmaurdien une sorte de condensation, de densification et ce qui paraît d’abord élégamment délié, fluide, révèle un compact réseau de racines et de liens intérieurs.
Et peut-être cet automatisme dirigé prend-il en charge cette pesée, cette évaluation, cette perception de l’évidence, ainsi que les étoilements, les rapprochements, les analogies qu’elle suggère au poète.
Fleurs du pourpier
mâchoire de l’âne
le diable en culotte d’ange
frappe trois coups dans l’été
trois sur le carton d’être
Il faut, c’est le vœu d’un grand nombre d’entre nous, s’avancer vers l’œuvre de ce témoin élégant. Il n’y a qu’une façon de lui rendre justice : la lire. Présence de la poésie, Pierre Peucmaurd, par Laurent Albarracin aux Editions des Vanneaux. Un livre indispensable. L’envie de rendre grâce succède à la lecture. (DL Colaux)
19:24
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22.12.2010
Laurence Burvenich : portraits de femmes
Laurence BURVENICH
peintre, paysagiste, portraitiste, fresquiste belge contemporaine (Dinant, province de Namur)





sites de contact :
http://laurenceburvenich.skynetblogs.be/ - http://burvenich-colaux.skynetblogs.be/
15:18
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01.10.2009
Présentation de l'auteur
Denys-Louis Colaux (1959, Weillen, province de Namur) est un auteur belge. Il a publié plus d'une vingtaine d'ouvrages. Père de famille (Justin, Nora, Mathilde, Nelly), éducateur de profession, il a collaboré à un grand nombre de revues en Belgique (25 Mensuel, Le Mensuel littéraire et poétique, L'Arbre à paroles, Le Fram, Plateau,Carte blanche, Marginales, Revue et corrigée, etc.) et en France (Sud, Encres Vives, Camouflage, Travers, Le Cerceau, La Dame ovale, Décharge, Le Dépli amoureux, Le Grand Nord, Les Cahiers de poésie-rencontres, Hermaphrodite, etc.).
Poète (Tropiques de l'unicorne, L'Arbre à paroles, 1995, Le Galop de l'Hippocampe, Les Eperonniers, 1998, Un tailleur d'allumettes, L'Arbre à paroles, 2009), romancier (Le Fils du soir, Les Eperonniers, 1998, Prix Sorel, Les Eperonniers, 2000, L'Arbre d'Apollon, Maelström avec Otto Ganz), nouvelliste (Schlass, Les Eperonniers, 1999, A quatre épingles, Imprimerie provinciale du Hainaut, 2000, Anonymes, Editions du Cygne, 2008), auteur de récits et d'aphorismes (Billets d'amour, barbaries et autres énormités, Le Talus d'approche, 2000, Je hais les poètes vivants suivi de Circus, Maleström, 2003), biographe de la cinéaste et romancière Nelly Kaplan (Nelly Kaplan, Portrait d'une Flibustière, Dreamland, 2002), autobiographe de fantaisie (Grandes machines et spéculations introspectives, Labor, 2003), il a reçu deux Prix de l'Académie royale de Littérature et de Langue françaises de Belgique (1994, Prix Emile Polak, 1998, Prix Franz de Wever) et quelques autres récompenses parmi lesquelles le Grand Prix de la Communauté française de la nouvelle en 1999 et le Prix de la Province de Luxembourg, en 2008, dans le cadre du Concours Pyramides.
Grand amateur de Georges Brassens, il collabore régulièrement à la revue française Les Amis de Georges.
Profondément antifascite, opposé à toutes les formes de racisme, sceptique convaincu, Denys-Louis Colaux, sujet à la fièvre et aux humeurs, oscille entre la gravité, la geste artiste et la bouffonnerie, l'ironie, la compassion et un humanisme compliqué d'abois cyniques. Ses prédispositions artificielles à la logorrhée et au lyrisme carnavalesque suscitent parfois auprès de la critique une honnête irritation.
Vient de paraître - Vient de paraître - Vient de paraître

Format : 135X200 - Nombre de pages : 72 - Prix de vente : 9,90 € - Frais de port et d'emballage : 2,50 € - Parution : 20 octobre - Orage Lagune Express, 13 rue du Rogna 39360 VIRY France
11:56
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